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En janvier 1906, les représentants des grandes puissances européennes ainsi que du Sultanat du Maroc se réunissent dans la ville espagnole d'Algésiras. Officiellement, la rencontre vise à préserver l'intégrité du royaume chérifien et à y garantir la liberté du commerce. Dans les faits, la Conférence d'Algésiras marque une étape clé du basculement du Maroc sous tutelle étrangère, préfigurant l'instauration du protectorat français six ans plus tard.
Une souveraineté financière érodée par les dettes
Au cours du XIXe siècle, les rivalités impérialistes s'intensifient en Afrique du Nord. Le Maroc, resté indépendant, se retrouve confronté aux pressions diplomatiques, militaires et économiques des puissances européennes, en particulier de la France, de l'Espagne et de la Grande-Bretagne. Pour financer sa modernisation administrative et militaire, le gouvernement central (le Makhzen) contracte d'importants emprunts auprès des banques européennes.
Cette spirale de l'endettement affaiblit considérablement l'autorité du Sultan Abdelaziz. Les puissances coloniales imposent progressivement un droit d'ingérence dans la gestion des douanes et des finances marocaines, réduisant la marge de manœuvre du pouvoir central.
L'affrontement des grandes puissances : la crise de Tanger
Le contrôle du Maroc devient rapidement l'épicentre des tensions géopolitiques en Europe. En 1904, la France conclut l'Entente cordiale avec le Royaume-Uni, obtenant le champ libre au Maroc en échange du renoncement à ses vues sur l'Égypte. Cependant, l'Empire allemand s'oppose à cette hégémonie française. En mars 1905, l'empereur Guillaume II se rend à Tanger et affirme publiquement son soutien à l'indépendance marocaine, déclenchant la première crise marocaine.
Pour apaiser ces rivalités internationales, la tenue d'une conférence internationale est décidée. Elle s'ouvre à Algésiras en janvier 1906 et réunit 13 pays.
Un compromis diplomatique au détriment de l'indépendance marocaine
L'Acte final d'Algésiras, signé le 7 avril 1906, maintient en apparence la souveraineté du Sultan et l'intégrité du territoire marocain. Toutefois, les clauses de l'accord installent un contrôle international étouffant sur les structures économiques et sécuritaires du pays :
- La création de la Banque d'État du Maroc : basée à Tanger et contrôlée par les banques centrales européennes, elle prend la main sur la monnaie et les finances publiques marocaines.
- L'organisation de la police des ports : le contrôle de la sécurité portuaire est confié conjointement à la France et à l'Espagne.
- L'institution d'une Régie des douanes : elle affecte les recettes fiscales du pays au remboursement prioritaire des dettes créancières.
Une matrice des structures de pouvoir ultérieures
Si la conférence a permis d'éviter temporairement une guerre européenne, elle a profondément délégitimé le Sultan auprès de la population marocaine. La perception d'une capitulation face aux intérêts étrangers entraîne des révoltes internes, culminant avec la destitution du sultan Abdelaziz au profit de son frère Abdelhafid en 1908.
Sur le plan analytique, la crise d'Algésiras illustre comment l'endettement extérieur et les faiblesses institutionnelles du Makhzen du XIXe siècle ont permis le grignotage de la souveraineté nationale. Elle préfigure la signature du traité de Fès en 1912 et pose les jalons de la mise sous tutelle administrative du Maroc moderne.
